Les interviews de Vélocité

SEB – Montpellier

Est ce que tu peux nous expliquer ton parcours pour te déplacer à vélo  comme véhicule principale ?
J’ai vécu 8 ans dans les Cévennes, à faire les aller retour de 100 km et plus. En  accumulant la fatigue, le stress d’être en retard. A la fin, je roulais en mode  automatique. Les choses de la vie m’ont forcé à devoir réaliser un 180 degrés dans  ma vie, cap au Sud. C’est à dire que je suis revenu vivre à 2 pas du centre et à 5 km  de mon travail. Pendant un temps, j’ai gardé mon habitus d’automobiliste. Je prenais  la voiture pratiquement tout le temps. J’en ai même acheté une nouvelle. Mais un  beau jour, panne mécanique, pas de voiture de dépannage car il n’y en avait plus  donc je me suis retrouvé immobilisé. Mais l’immobilité n’est pas dans ma nature. Je  suis une personne résiliente, qui sait rebondir malgré les épreuves. Et cette  mésaventure est je pense, une de mes plus belles révélations. Je me suis rendu compte que j’avais tout à côté, encore plus proche que je ne l’imaginais.
J’ai  commencé par le tram mais au bout de quelques jours, je suis allé chez un vélociste  à 1 km de chez moi dans le centre. Pas beaucoup de stock, la covid est passée par  là, mais je veux un vélo hollandais pour me déplacer en ville. Un super contact qui n’hésite pas à me faire confiance, Il me dit : « essaye-le, le mieux, tu fais ton trajet  domicile-travail et tu vois. Tu me le ramènes quand tu as fini ». Un vrai contact  humain et chaleureux. Ni une ni deux, j’enfourche ma selle et me voilà parti.
Plus je  pédale, et plus je me sens bien, le vent qui glisse sur mon visage me rend vivant, les  sourires sur le visage des autres cyclistes, sans masque, quel bonheur et sentiment  de liberté retrouvé. Pourtant j’ai un genou fraîchement opéré. Mais j’ai un besoin de  bouger quotidiennement et le vélo répond de manière douce à toutes les cases.
Aujourd’hui, je fais quasiment tout à vélo et je vais bientôt me séparer de ma voiture.
Je n’ai jamais été aussi régulier dans mes déplacements et aussi heureux de  pédaler. Pourtant mes activités de loisirs m’imposent de transporter beaucoup de  matériels. Là encore il existe des solutions avec modulauto et je réfléchis à acquérir  un vélo cargo.
Je garde en mémoire le plaisir de me déplacer sur les îles bretonnes  à vélo avec ma petite remorque. Je suis d’une génération qui a connu le vélo en  liberté, puis j’ai grandi dans la norme avec mon scooter puis la voiture. Et je pense  avoir fait le tour de la question voiture, qui n’a pas répondu à ma liberté d’évasion et  de découverte.
En vélo, je redécouvre la ville sous un autre regard, apaisé et plus  détendu. Alors je dirais que le plus dur est de donner le premier coup de pédale pour recouvrer un espace de liberté.

Tu travailles dans un milieu stressant avec des horaires difficiles, est ce  compatible avec la pratique du vélo?
En effet, je travaille dans un milieu très en vogue en ce moment, car je suis infirmier  en réanimation. Un métier physique et éprouvant, aussi bien physiquement que  psychologiquement. Le vélo est pour moi une véritable soupape, chaque coup de  pédale me permet de retrouver ma sérénité et de rentrer plus détendu chez moi.
Au  petit matin, la fraîcheur de la nuit ambiante sert à me réveiller. J’arrive échauffé et  dynamique, pour mes longues journées de travail. Je rentre à la nuit tombée une  grande partie de l’année. La nuit n’est pas un frein à ma pratique, c’est même un  moment que j’apprécie. Je suis aussi moins fatigué que par le passé.
Je dois  reconnaître que l’hôpital a fait un effort pour rentre cela possible. Un nouveau parc à  vélo, plus sécuritaire. J’ai une douche et un vestiaire décent pour me changer.

Quels sont les freins à la pratique du vélo pour toi ?
Les 2 leviers qui freinent la pratique du vélo sont la sécurité et l’accessibilité à son  entreprise ou à son logement.
Je soigne malheureusement des usagers de la bicyclette et j’aimerais vraiment qu’on  redonne un espace digne et égalitaire pour circuler sereinement à vélo. Il faut que  les autorités compétentes prennent vraiment en considération que le plus important  est la sécurité des usagers.
Offrir aux enfants mais aussi aux moins jeunes, un  espace pour qu’ils puissent s’épanouir et découvrir de nouveaux horizons. Comme je l’ai dit plus haut, il faut que les entreprises facilitent l’accès des vélos  (parcs, vestiaires). Les études le montrent, les personnes, circulant à bicyclette, sont plus dynamiques et moins malades. C’est du gagnant/gagnant aussi bien pour  l’employeur que l’employé. Comme pour l’entreprise, il faut faciliter le stockage des vélos dans les logements. Plus de souplesse, et améliorer l’offre des transports, la pluri modalité des déplacements. Car je pense aussi aux personnes qui ont de plus longs trajets, ou qui sont en situation d’incapacité de faire du vélo.
Au lieu de créer toujours plus de périphériques et de bouchons, créons un vrai réseau express vélo (REV). Les gens ne s’imaginent pas les gains qu’offre le vélo : temps, argent, santé, environnement.

Quelle est la phrase dont tu es le plus fatigué d’entendre sur le vélo ?
Malheureusement j’en ai plusieurs : Que le vélo et les coronapistes créent les  bouchons.
Qu’il n’y a jamais de vélo qui circule sur les pistes cyclables quand il  pleut.
Que c’est impossible et utopique en France. J’invite simplement les personnes à faire l’expérience du vélo. Il ne faut pas être un pro, notre corps est fait pour bouger, il s’adapte aux sollicitations qu’on lui propose.

Un conseil que tu donnerais à tes collègues pour franchir le pas ?
D’autres pays ont réussi le pari, alors pourquoi pas nous. Je leur conseille, simplement, de prendre un vélo adapté à leur pratique et leur morphologie, afin de prendre du plaisir à rouler.
On peut bien rouler, pour pas cher et par tous les temps. Et surtout savoir donner du temps au temps, le reste viendra tout seul. Ne pas  hésiter à se rapprocher du milieu associatif, pour échanger et partager son expérience.
Pour ceux qui manquent de motivation, l’utilisation d’applications. Comme par exemple, Geovelo qui propose des petits challenges pour entretenir la motivation à rouler. De plus, elles sont très utiles pour justifier et prétendre au forfait mobilités durables auprès de son employeur.